sábado, 17 de outubro de 2015

Lettre de Arthur Miller a Marilyn Monroe





“Je vous aime tellement que ce que vous êtes rejaillit sur moi.


Marilyn Monroe, née Norma Jeane Mortenson (1926-1962) célèbre son troisième mariage en juin 1956 avec le dramaturge et intellectuel Arthur Miller (17 octobre 1915 – 10 février 2005) qui divorce de sa première épouse pour convoler avec celle qui fait déjà rêver les hommes du monde entier. Le couple, dont le mariage ne durera que quelques mois, est alors très amoureux, ce qui n’empêche pas le dramaturge d’émettre dans cette lettre quelques inquiétudes sur l’entourage de la sex-symbol. Lettre d’amour parmi les stars d’Hollywood.


Vendredi 25 Mai 1956

Ma chérie,

Votre récit de la dispute d’hier soir m’a à la fois déprimé et encouragé. Mais la chose principale là-dedans c’est que vous avez tenu bon, et que tant que vous le ferez, vous gagnerez toujours.

Je veux juste mettre une chose au clair. Je ne connais vraiment pas Milton. Vraiment, je n’ai rien contre lui et il ne doit y avoir aucun conflit d’aucune sorte entre lui et moi. Vous devez avoir un manager, peu importe comment vous l’appelez, et de toute évidence c’est un type capable. Ma seule irritation contre lui est la vôtre… qu’il se soit approprié une partie de votre vie. Il me semble parfois qu’il vous considère comme quelque chose qu’il aurait presque créé lui-même. Et maintenant que vous vous êtes développée en tant qu’être humain, par opposition à une matière première – (quelque chose qui est commercialisé pour de l’argent), sa sécurité est menacée.

Je pense, pourtant, que sous-jacent à ces deux disputes, à propos de Paulax et, la nuit dernière, sur l’argent, il est fort possible qu’il essaie de définir ce que sera mon rôle. Vu le genre d’amis qu’il a, ce qui inclut mon cher ami Henry et tous les Marvins, ainsi que ses idées généralement étroites sur ce que vous êtes et ce que vous devriez être, il semble clair qu’il me considère comme dangereux. Je ne suis pas « show business », ni pour lui ni pour ceux qui partagent ses valeurs ; j’écris et je crois dans les choses sombres, pas Pink Tights, etc… De plus, il y a mon radicalisme.

Tout ceci, je pense, lui fait sentir que vous êtes sur le point d’être traînée hors du cercle du glamour et entraînée dans celui de ce que vous et moi appelons art, et qu’il considère comme monotonie et irresponsabilité envers le productif. La question ici, ma chérie, ce sont deux points de vue sur le travail et la vie. L’un est le point de vue majoritaire, l’autre est celui de l’artiste. Il est du côté de la majorité et je doute fortement qu’il puisse en changer, sauf si l'avenir me contredit. Comme je l’ai dit, il est obnubilé par ses propres avantages et par le fait d'engranger des bénéfices. De tels gens doivent être capables de changer de forme, même si leurs réelles opinions demeurent les mêmes, sinon ils ne peuvent pas poursuivre l’argent. Comme vous le savez vous-même, dès que vous commencez vraiment à laisser parler votre âme, vous êtes susceptible d’offenser les gens, et ce n’est pas le meilleur moyen d’assurer votre revenu. Il arrive aussi, bien sûr, que vous deveniez un grand artiste de cette manière, et que l’argent vienne avec aussi. Mais la question est – quel est l’objectif principal ? Il est possible, dis-je, qu’il soit rétrogradé à un poste de manager, où il ne s'occuperait que de business, et un jour viendra où il appréciera cette position. Vous avez fait ce qu’il fallait faire, et ce vous devrez le faire, comme j’ai souvent essayé de vous avertir dans le passé, – définir ce que vous êtes pour lui en d’autres mots, et définir ce que sa fonction doit être et ce qu’elle ne peut plus être. Vous avez fait un incroyable chemin depuis un an ou presque, Pusso.

En bref, tout mon intérêt dans cela tient en une idée – que vous ne devez pas vous encombrer de quelqu’un qui rend votre croissance plus difficile. Je n’ai absolument rien contre Milton.

Par son ignorance, toutefois, et sa véritable stupidité sur l’art, il a réussi, en réalité, à vous insulter. Quelque part au fond de vous, vous le savez, même si vous ne pouvez pas consciemment l’admettre. (Bien que vous l’ayez pratiquement reconnu quand vous vous êtes mise en colère contre lui lorsqu’il vous a emmenée chez le coiffeur pour le dîner.)

Je ne crois pas que la présence d’Henry là-bas était accidentelle. D’abord le coiffeur, maintenant Henry. Il rassemble tous ses alliés dans l’espoir de vous remettre dans la cage dans laquelle il vous a trouvée. Et il est caractéristique et totalement logique qu’Henry soit venu vous offrir un diamant. Les diamants, après tout, sont les meilleurs amis de la femme. La seule chose qui empêche cette offre d’être une réelle insulte, et qui en fait même une sorte de compliment, c’est qu’il avait offert cela, dans son esprit, pour acheter ce qu’il sait avoir plus de valeur que lui, plus de valeur que tout ce qu’il possède. Le seul ennui, du moins à mon sens, est qu’il n’ait pas vraiment de valeur, donc le compliment est ridicule par rapport au traitement adapté à une femme de votre rang.

Et si je lui en veux, chérie, ce n’est pas parce que je crains que vous vous amourachiez de lui. Si vous l’avez fait – (cette seule pensée est impossible) – mais si vous l’avez fait, alors je dirais que je ne savais rien sur personne, et plus important, qu’il aurait été faux et voué au désastre pour nous de penser à vivre ensemble bien longtemps. Je ne crois pas cela, bien sûr, mais le ressentiment de base est, vraiment, que j’ai été insulté qu’il vous offre un tel cadeau, car je vous aime tellement que ce que vous êtes rejaillit sur moi. Et bien sûr, il y a toujours le fait le plus simple d’entre tous – j’ai simplement une envie de meurtre contre quiconque s’approche ou essaie de s’approcher. J’espère que vous avez mis les choses au clair avec lui pour qu’il comprenne. Je continue de penser, bien sûr, qu’il sera en Angleterre jusqu’à ce qu’il sache avec certitude qu’il n’y a aucun espoir.

J’inclus une lettre de Jane reçue aujourd’hui. Pouvez-vous y entrevoir la douceur, la beauté cristalline de son âme ? « Je suis vraiment désolée de ne pas avoir eu le temps de vous écrire avant. » ! Le temps ! Comme elle est occupée ! L’école, et les visites à ses amis, et réarranger ses poupées, et essayer de faire ce damné arithmétique, et s’interroger sur sa vie. Lorsque je pense à elle mon cœur fond. Mais un jour elle sera avec moi, je le sais.

Oh oui, très important – J’ai reçu une lettre de Loewenstein dans laquelle il dit, « Vous m’avez demandé ce que je pensais de présenter votre petit garçon à Marilyn cet été. Je ne vois absolument aucune raison de le cacher d’elle ou elle de lui. On peut lui dire les choses gentiment et clairement, et je suis convaincu que Marilyn sera très bonne et charmante avec lui ». Même Loewenstein vous aime, et il ne vous a même pas rencontrée.

J’ai parlé à mon avocat aujourd’hui et il a eu le nouvel accord de Mary. Il dit qu’il respecte mes objections, et que hormis des détails mineurs de formulation tout est bon. Que tout soit signé et scellé d’ici la semaine prochaine reste en question, car son avocat risque de traîner durant quelques jours, comme ils le font toujours.

Maintenant, il faut que je me rende au tribunal personnellement pour obtenir le divorce. J’aimerais, si possible, éviter de sortir d’ici, puis y retourner pour une heure ou presque. Si l’image est terminée pour Vendredi, (1er juin) peut-être que vous pourriez venir ici quelque soit le temps que je devrais rester en attendant que le journal arrive de New York. Autrement, je peux venir à L.A. Mais ce serait beaucoup plus amusant ici sous le soleil. Mais nous en parlerons la semaine prochaine.

Mon amour, je vous embrasse partout. Tenez juste une autre semaine.